par
La Ciudad Sagrada de Caral, ou Cité Sacrée de Caral se trouve au Pérou, sur la côte à environ 3h au nord de Lima. C’est la plus ancienne cité du continent Américain et l’une des 3 plus anciennes au monde ! Le site aurait été peuplé il y a environ 5000 ans. Rien que ça. Du coup forcément, ça a piqué notre curiosité.
La cité sacrée de Caral
La cité sacrée de Caral est en fait un vaste complexe composé de nombreuses pyramides à travers la vallée du Rio Supe. Les archéologues ont à ce jour, identifié plus de 25 sites datant de la même période dans cette vallée. Chaque site comporte plusieurs pyramides et lieux de cérémonies. Seulement 14 d’entre eux sont ou ont été étudiés par les archéologues faute de moyens.
On a été assez surpris de savoir que le site a été découvert en 1905, mais que les fouilles ont vraiment démarré dans les années 1990… La raison avancée par notre guide est que les premières investigations n’ont pas permis de découvrir de céramiques ni d’objets en métal précieux. Les archéologues ne savaient alors pas trop comment classer ce site ni comment le dater (la datation au carbone 14 n’existait pas encore). C’est donc dans les années 1990 que se mettent en place de sérieuses investigations et que le site est daté à environ 5000 ans d’ancienneté. La chronologie des civilisations andines est alors remise en question, car on pensait que le site Chavín de Huantar était le plus ancien avec ses 3200 ans d’âge. Il s’agit donc bel et bien d’une découverte majeure !
Les archéologues estiment également que les Caralinos, la civilisation de Caral (aussi appelée Caral-Supe ou Norte Chico), a vécu sur ce site pendant 1000 à 1200 ans. Ce qui en fait une des civilisations à la plus grande longévité au Pérou. Pour vous donner une idée, les Incas, que tout le monde connaît, n’ont vécu que pendant une centaine d’années avant de se heurter aux Conquistadors…
Les structures et découvertes archéologiques de Caral
Dans la cité Sacrée de Caral se trouvent des pyramides (5 structures pyramidales), mais aussi un amphithéâtre, un énorme four sacré (où étaient brûlées les offrandes), des structures résidentielles et même une horloge solaire.
L’amphithéâtre est construit avec une extrême précision et sa structure offre une excellente acoustique. C’est là qu’on a retrouvé la plupart des instruments de musique. Ces derniers étaient faits en os de condors, de guanacos ou encore de perroquets. Un collier en plume de perroquet a d’ailleurs aussi été retrouvé sur place. Près de l’amphithéâtre ont été découverts des espaces de stockages dans lesquels se trouvaient encore de nombreuses offrandes venant des environs de la vallée, mais aussi des Andes et de la jungle.
La Grande Pyramide
La Grande Pyramide, mesure environ 140m² à sa base était probablement le lieu qu’occupait le dirigeant qui contrôlait toute la vallée. On y a retrouvé une salle qui servait peut-être de salle de réunion pour accueillir les autorités des environs. C’est dans cette salle qu’un Quipu a été retrouvé.
Un Quipu, c’est un ensemble de cordelettes avec un certain nombre de nœuds. C’était le système des Caralinos pour tenir les comptes. C’est également celui que les Incas utilisaient plus de 4000 ans plus tard !
À proximité du Quipu, se trouvait un collier de pierres précieuses et de coquillages « Spondylus ». Ce coquillage ne se trouve généralement qu’en Équateur et pouvait aussi servir de monnaie d’échange. Les pyramides ont souvent une grande pierre verticale dans chaque angle pour servir de pilier et renforcer la résistance des structures aux tremblements de terre.
Four sacré
À Caral se trouve un four sacré. Il s’agit d’une structure circulaire constituée de plusieurs ouvertures souterraines menant au centre du four. Ces ouvertures servaient de ventilation pour attiser le feu au centre du four et ainsi produire de puissantes flammes. Ce four utilisait cette ingénieuse technologie qu’on appelle l’effet « Venturi » qui n’a été utilisé qu’à partir du 18ème siècle en Europe. Dans ce four étaient brûlées des offrandes. Les archéologues ont ainsi trouvé des restes d’ossements de guanacos, vicunãs (camélidés) et poissons, des graines de courges et des cheveux humains.
Les habitations
Il existait 3 statuts sociaux au sein de la culture Caral :
- L’élite. Ce sont les personnes liées à l’activité religieuse et les chefs. Seuls eux vivaient près des temples religieux. D’ailleurs, les lieux de vie des « prêtres » étaient équipés d’un four individuel pour la cuisine et un four pour les offrandes pour l’ensemble de l’élite. Ils réalisaient des offrandes personnelles pour leurs dieux.
- La classe moyenne (les spécialistes). Ils dirigeaient la classe sociale la plus démunie que l’on peut appeler le « peuple ». Ces spécialistes étaient architectes, artisans, mathématiciens… Leurs maisons étaient bâties avec la technique de la Quincha. Cette technique consiste à placer des poteaux verticaux entre lesquels une sorte de grillage végétal est disposé. Ce grillage végétal est ensuite recouvert de boue pour consolider la paroi. Les murs étaient peints en jaune, on peut encore aujourd’hui voir des traces de cette peinture. On suppose que les pyramides étaient également peintes.
- Le peuple. Il vivait en contrebas de la citée sacrée autour du Rio, à proximité des champs d’agriculture.
L’horloge solaire
Elle est assez minimaliste. Il s’agit d’une roche dressée à la verticale entre plusieurs pyramides. Bien que rudimentaire, elle permettait aux habitants de Caral d’avoir un calendrier agricole des saisons.
Les structures de Caral ont été restaurées, mais uniquement dans un but de consolidation. L’objectif étant de garder le site en l’état et l’empêcher de se dégrader. Enfin, à ce jour, aucune trace d’arme ni de structure de défense (mur d’enceinte, poste d’observation, etc.) n’ont été retrouvée. On pense qu’il s’agissait d’une civilisation pacifique qui était probablement basée sur la religion et le commerce.
La fin et disparition de la civilisation Caral
L’activité de la Cité Sacrée de Caral se serait arrêtée il y a environ 4000 ans, soit 1000 ans après ses débuts. On ne sait pas exactement pourquoi, mais une hypothèse probable serait celle d’une époque de sécheresse. Les habitants n’ayant plus de quoi s’alimenter se seraient alors installés ailleurs. Les pyramides ont intentionnellement été recouvertes de sables, probablement pour les protéger des outrages du temps. Sur le site de Caral, une pyramide a été laissée telle que découverte, c’est-à-dire recouverte de sable, pour donner une idée aux visiteurs de la façon dont le site a été découvert. D’ailleurs, si vous observez bien pendant le trajet depuis le village de Supe jusqu’au site, vous verrez d’autres pyramides dans la vallée, certaines sont actuellement fouillées, d’autres sont encore recouvertes. Ouvrez bien les yeux 🙂
Le plus étonnant est que nous ne savons pratiquement rien de la morphologie des habitants de Caral. Aucun cimetière n’a encore été découvert. Aucune sépulture, ni même un os. Il y a encore quelques années, on pensait que les Caralinos réalisaient des sacrifices humains, car un squelette a été retrouvé dans le temple le plus important de Caral. Cependant, cette théorie a été réfutée. Le corps ne semble avoir subi aucune préparation rituelle et il avait les mains attachées. D’après toutes les découvertes de personnes sacrifiées sur le continent américain, il s’agit généralement de jeunes garçons ou jeunes filles qui sont préparés dès leur naissance pour ce sacrifice. Ici, le corps était celui d’un homme d’une vingtaine d’années en mauvaise santé, la colonne vertébrale est particulièrement usée, ce qui laisse penser qu’il devait souvent porter de lourdes charges. Les archéologues ont alors pensé qu’il s’agissait plutôt d’une personne qui aurait transgressé les règles de la cité de Caral. L’homme était peut-être au travail forcé. D’ailleurs, d’après les analyses, il s’agissait d’une personne venant de la Sierra et non de la côte.